Les Autres sont nos Rétroviseurs
- allamelousanaa
- 9 mars
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : 4 mai

Les autres sont nos rétroviseurs.
On les croise dans l’embrasure d’une porte, au détour d’une phrase, dans la fixité parfois insoutenable d’un regard. Ils nous renvoient une image que nous n’avons pas choisie. Une image qui tremble, qui accuse ou qui nous éclaire.
Nous croyons nous connaître. Nous avançons avec cette certitude tranquille d’être un bloc cohérent.
Et puis un jour, quelqu’un nous décrit, et soudain une fissure se crée. Dans cette brèche s’engouffre une lumière crue qui révèle ce que nous ne voulions pas voir jusque-là : nos angles morts, nos lâchetés minuscules et nos élans inavoués. Les autres deviennent ces miroirs inclinés qui nous déforment autant qu’ils nous dévoilent.
Certains reflets nous surprennent par leur douceur et d’autres nous blessent. Il y a des paroles qui caressent et d’autres qui griffent.
Certains nous trouveront très doux et gentils tandis que d'autres diront de nous hypocrites ou lâches.
Mais toutes ces paroles finissent par provoquer quelque chose en nous.
Elles nous arrachent à la fiction rassurante d’une identité fixe. À travers elles, nous comprenons que nous ne sommes pas un visage mais bien une multitude. Une constellation mouvante d’interprétations, de projections, de désirs étrangers posés sur nous.
Recevoir un point de vue demande vraiment du courage. Lequel? Celui d'accepter que notre récit intime ne soit pas souverain.
Qu’il puisse être contredit, élargi et parfois contrefait. Il faut une certaine souplesse pour ne pas se raidir sous le regard de l’autre. Une souplesse presque physique. Comme si l’ego était un muscle que l’on étire pour éviter qu’il ne se déchire.
Et puis il y a ces paroles qui ne trouvent pas leur place en nous. Sur le moment, elles semblent inutiles, injustes. Mais rien ne se perd. Ce qui ne nous nourrit pas fécondera certainement quelqu'un d'autre. Bien souvent celui-la même qui parle.
Sommes-nous le centre de toutes les vérités prononcées? Je ne pense pas.
Accepter cela, c’est renoncer à l’illusion d’une vérité unique, compacte et rassurante.
Dans cette traversée, je trouve que le yoga nous offre cet apprentissage silencieux. Sur le tapis, face à soi-même, on découvre le goût de l’inconfort et de la résistance, le tremblement. On découvre le manque de force ou de souplesse. On découvre notre manière de réagir à cette découverte et on on apprend à respirer dans cette boue et à ne pas fuir.
À observer sans juger cette foule intérieure qui réclame d’avoir raison. Peu à peu, l’acceptation cesse d’être un effort mental. Elle devient un lieu en soi où toutes les contradictions peuvent cohabiter.
Alors les miroirs changent de nature et ne se font plus menaçants. Ils nous accompagnent. Ils deviennent des surfaces vivantes où se reflète non pas une identité figée, mais un être en mouvement.
Et dans ce jeu discret des reflets, nous avançons. Plus lucides, plus poreux, et peut-être, enfin, un peu plus libres...
Avec toute ma gratitude.
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